Un drôle de calme avant l'orage
Par L'équipage du Rainbow Warrior, jeudi 24 mai 2007 à 18:50 :: Journal de Bord :: #5 :: rss
Par Patrick
L'équipage est amariné, a eu le temps de se familiariser la zone, commence à comprendre qui fait quoi, qui passe par où... La phase de découverte tire à sa fin, la météo est redevenue clémente et la mission prend le rythme de croisière qu'ellel maintiendra pendant un mois. Toute une ruche va fonctionner 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 : Fouiller la surface, analyser des données, anticiper des scénarios, documenter, comprendre et témoigner.
22/24 mai
Question : qu'est ce qui vit en banc, vient se reproduire dans le sud de la Méditerrannée, et peut atteindre (dans les livres tout du moins...) 600kg ?
Reponse : Ben, rien ...... Ou alors, un souvenir de vieux
Mediterranneen, qui se rappelle de ces beaux specimens de thon rouge que l'on
pouvait encore trouver il y a une quinzaine d'années.
Aujourd'hui, lorsqu'un thonier pêche un thon de 150 kg, c'est une performance !
Tout simplement parce qu'ils sont capturés en trop grande quantité et de plus en plus jeunes (avant même d'avoir connu leurs premiers émois amoureux...), pour
être ensuite engraissés dans des fermes, qui sont en elles-mémes des
catastrophes écologiques (on y reviendra).

Ensemble de cages d'engraissement en cours d'assemblage au large de Malte
C'est pour documenter et dénoncer cette pêcherie absurde,hors de tout contrôle et pour
évaluer au mieux les impacts de cette situation chaotique que nous naviguons en ce
moment sur cette zone. Nous, c'est le Rainbow Warrior, navire amiral de
Greenpeace et son équipage de 26 personnes qui tient a la fois de la
tour de Babel et de la communauté familiale. Tour de Babel parce que pas
moins de 13 nationalités sont representées à bord. Si l'anglais
est la langue qui nous permet de communiquer entre nous, je peux vous
assurer que nous sommes parfois loin de l'orthodoxie shakespearienne... Même que l'anglais peut être une langue chantante, si, si !! Il faut
l'entendre avec ces voix venant d'Espagne, d'Italie, d'Argentine, du
Liban.... sans compter les particularismes australiens, neo-zélandais,
ou bien canadiens.
Mais nous savons aussi que nous sommes tous là
pour la même raison, pour que cette belle mer si bleue qu'est la
Méditerrannée reste vivante! Et cela créée des liens d'entraide et de
solidarité entre les anciens et les novices, de partage d'expériences de
vie très variées, de complicité quand nous échangeons sur notre vision
du monde, mais aussi de professionalisme puisque la securité est un
maître mot à bord d'un bateau. Chacun sait que des tensions peuvent apparaître à l'interieur de toute famille, et peut-être bien même sur
certains bateaux de Greenpeace, mais là, sur le RW, l'ambiance est tres
agréable.
Sur un plan plus opérationnel, pendant ces 2 jours, nous sentons bien une "tension" (le mot est banl mais je n'en trouve pas d'autres) monter petit a petit. C'est un peu comme ce que l'on sent quelques minutes avant un oroge d'été... Nous sommes maintenant vraiment au coeur de la période de pêche, la mer très calme sur laquelle nous vogons favorisant la montée en surface de thunnus thynnus. Aussi, nous rencontrons de plus en plus de remorqueurs tirant des cages à thons ou de thonniers senneurs (essentiellement espagnols et italiens) dans la zone que nous sillonnons actuellement.
Pour finir sur l'émotionnel, ce mercredi matin, nous avons apercu une
tortue qui se débattait, entravee dans un pan de filet abandonné. Aussitêt, décision
est prise d'arrêter le bateau, de mettre un zodiac à l'eau pour tenter
de la délivrer. Elle était tellement empétrée qu'un de nos plongeurs a du
batailler un bon moment en veillant tout à la fois a sa propre securite
(jamais facile de plonger à proximité immédiate d'un filet et dans la panique, la tortue aurait pu le mordre), et à ne pas la blesser. Enfin, il a pu la délivrer, et ce fut alors un grand moment de
soulagement pour tout l'équipage, et nous avons pu repartir le coeur
plus léger.

Voilà la situation telle que l'a trouvée notre plongeur en arrivant sur place. Depuis combien d'heures se battait elle contre le filet?

Combien de ses congénères n'ont pas eu la chance de tomber sur les "petits hommes verts" de Greenpeace?
Commentaires
1. Le dimanche 27 mai 2007 à 19:04, par francois-catz
2. Le dimanche 17 juin 2007 à 01:18, par Marianne
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