Nous recevons des informations, que nous devons vérifier et recouper. Pour cela nous nous rendons sur place, prenons contact avec les bateaux que nous rencontrons (chalutiers, remorqueurs...), recenssons leur immatriculation et leur position. Il faut également les convaincre d'être coopératifs (si, si! çà marche parfois, voire souvent...) et de nous donner de nouvelles informations sur leurs propres activites ou sur celles d'autres bateaux qu'ils auraient pu croiser.
Et à chaque fois, il nous faut prendre de nouvelles décisions pour choisir d'exploiter telle ou telle nouvelle piste. Un travail difficile, mais c'est pour cela que nous sommes venus, c'est ici et maintenant que cela se passe et on l'accomplira jusqu'au bout!

Dernière nouvelle : Le vent s'est levé ce matin, et du coup même si les conditions ne sont pas si mauvaises elles ne sont pas suffisament bonnes pour la plupart des bateaux de pêches, en particulier pour les senneurs qui ont besoin d'une mer plate, ou du moins pas trop agité, afin de positionner leur filet tournant qui doit à tout prix rester circulaire et pour celà, la houle peut devenir un obstacle insurmontable. De plus le gros temps n'aide pas au réchauffement des eaux, ni du coup à l'établissement de conditions optimales pour la ponte.
Alors quelles consequences sur la temperature de l'eau ? Et donc sur les thons ? Et donc sur les pecheurs ? Et par là même sur nos activites ? Vous le saurez bientot sur ces pages....

Comme promis il y a quelques jours, revenons maintenant sur les fermes à thons, l'un des dispositifs industriels qui mettent en péril le thon rouge, le second étant les navires-usines frigorifiques à bord desquels le thon est tué, découpé et congelé sur place.
Pour rappel, les thons rouges sont capturés a l'aide de gigantesques filets qui se referment comme des bourses, les sennes (voir le post de Stéphan). Ils sont ensuite transférés dans des cages elles aussi constituées de filets cylindriques flottants, d'un diamètre pouvant être compris entre 50 et 70 mètres. Ces cages sont ensuite remorquées jusqu'aux fermes d'engraissement (on dit aussi ferme d'embouche, mais engraissement est bien plus évocateur de ce qu'il s'y pratique). On retrouve de telles fermes sur tout le pourtour méditerrannéen, pas encore en France, grâce a la mobilisation des riverains, des associations locales et de Greenpeace (vous voyez ? la resistance paie !). Ce ne sont en aucun cas des fermes d'élevage, le thon rouge ne se reproduisant pas en captivite en dehors de laboratoires. Il s'agit seulement de faire grossir le poisson et d'augmenter son taux de graisse, puisque c'est cela que recherchent les consommateurs de sashimi et de sushi, ces utilisations constituant le débouché unique de ces fermes.
Dans un premier temps, il faut donc pêcher le poisson-fourrage (pour produire 1kg de chair grasse de thon rouge, il faut 8 à 10 kg de poissons-fourrage !), et donc décimer des populations d'autres espèces, qui elles-memes font partie de la chaine alimentaire, ce qui met aussi en peril leurs prédateurs. Ainsi, on pêche maintenant en mer d'Alboran des quantites énormes de sardinelles rondes, espèce autrefois délaissee par les pêches commerciales, mais prépondérante pour l'alimentation des dauphins). Enfin, et surtout, ces pêches dites minotières (destinées à entrer dans la composition d'aliments destinés à des animaux d'élevage ou d'engraissement) fait peser une menace permanente sur la sécurité alimentaire des populations humaines côtières pour qui la petite pêche constitue souvent la seule source de protéines.

La pratique de l'engraissement a également de forts impacts locaux là où sont installées les fermes.
Cet apport massif de poissons-fourrage provenant d'autres regions du monde présente de forts risques de contamination des stocks de poissons locaux. Par ailleurs, la concentration d'autant de thons (capacite de production annuelle d'une ferme : de 800 a 2 000 tonnes), à proximité immédiate des cotes entraîne évidemment un volume de déjections considérable sur des zones très concentrées, ce qui fait que ces déjections ne sont pas "digérées" par le milieu marin, d'où un risque certain d'eutrophisation (asphyxie des fonds) ! Il faut donc vraiment que ce système néfaste à tous points de vue soit stoppé ou du moins très strictement encadré, sur la base du principe de précaution!