Ce matin, le vent est tombé et la mer se calme ; nous venons enfin de rencontrer un palangrier italien pêchant avec de longues lignes et qui nous a confirmé la pénurie de thons. Le capitaine nous permettra de filmer les prises et de discuter de leurs pratiques, de leur évaluation de la situation.

Cet après-midi, nous avons de nouveau délivré une tortue prise dans un amas de lignes. Mais cette fois, l'opération fut plus rapide, peut-être est-ce du à l'expérience acquise, ou bien à l’intervention d’un équipage exclusivement féminin sur le zodiac? (Ouais ; Bof tu es sûr?… Ndw)

Mettons maintenant un coup de projecteur sur le personnage principal de cette activité de surveillance et de documentation: le Rainbow Warrior lui-même ! Lorsqu'on le voit pour la première fois, et qu'on est un tant soit peu proche de Greenpeace, une forte émotion vous étreint.

D'abord, à cause de la légende indienne (d’Amérique) qui lui a donné son nom. Une prophétie qui parle d'une époque où la cupidité des humains aura conduit la planète au bord de la destruction. Trois Guerriers de l'Arc-en-ciel se dresseront alors pour le sauver.

Ensuite (et surtout) parce que ce nom est synonyme de tant de batailles pour sauvegarder l'environnement partout sur la planète, et parce qu’il rappelle l'odieux attentat commis par les services secrets français qui avaient coulé son prédécesseur.

Quand on le regarde plus attentivement, c'est son allure plutôt massive qui retient l'attention ; c'est en effet un ancien chalutier de 55 mètres qui a maintenant une cinquantaine d'années. Mais lorsque Greenpeace l'a racheté en 1987, on lui a ajouté 3 mats et des voiles, qui, une fois hissées, lui donne une allure beaucoup plus élancée et une prestance qui surprennent!
Pour autant, il n'a pas la puissance de l'Esperanza, le dernier bateau de Greenpeace, qui est le seul à pouvoir poursuivre les baleiniers japonais, mais il nous permet de naviguer a environ 7 ou 8 noeuds, sa vitesse maxi étant de 12 noeuds (environ 20 km/h).

La vie à bord du RW est tres agréable. La partie habitable est configurée autour d'un couloir central, avec les cabines, le bureau des chargés de campagne, où sont installés les ordinateurs qui nous permettent d'écrire ce blog (arrgh ! sans les accents. Ndw). Puis se succèdent les toilettes, les douches, la cuisine avec la pièce de tri des déchets (important pour tout un chacun mais encore plus sur un bateau !), et tout a l'arrière du bateau, le mess, a la fois salle de restaurant et salon. Ce mess de par sa forme semi-circulaire et sa décoration à base de boiseries, avec aux murs photos et dessins d'enfants rappelant les beaux combats du bateau, crée une ambiance conviviale et chaleureuse. Une planisphère est affichée dans le mess et y sont fixées les maquettes de chacun des trois bateaux de Greenpeace indiquant ainsi dans quelles mers naviguent nos collègues.

Pour l'anecdote, et tous ceux qui ont déjà navigué le savent bien, tout doit être prévu sur un bateau pour la mer la plus agitée : étagères à hauts rebords, ustensiles pendus plutôt que posés, ordinateurs quasi-scéllés (sensibles, ces petites choses....). Sur les tables en bois du mess, nous disposons ce qu'on appelle ici des "peaux d'éléphant", pièces d'une étoffe au contact pas très agréable mais qui présente l'énorme avantage de s'agripper à la table et de retenir assiettes et autres tasses ! Au-dessus se situe le poste de pilotage ou est accrochée la cloche du premier Rainbow Warrior, et sur le pont se trouvent 5 zodiacs (baptisés Avon, Novy 1 et Novy 2, Lancer 1 et Lancer 2) et la grue permettant de les mettre à l'eau. Et tous les matériels d'action d'une part, d'entretien du bateau d'autre part, trouvent leurs places dans de très grandes cales (c'est la où il ne faut pas aller par gros temps !), qui ont aussi parfois servi à acheminer des denrées alimentaires et des produits pharmaceutiques dans un cadre humanitaire (tsunami, guerre du Liban...).

Le Rainbow Warrior devrait faire escale en Corse fin juillet, ne le manquez pas !
Patrick.