Marco, le capitaine de l'Astra, est désespéré. Il nous a spontanément invités à son bord pour tailler une bavette amicale et nous permettre de documenter ses opérations de pêche. Après 10 jours de campagne ils n'ont pu pêcher que 8 thons rouges, 4 espadons et un requin. Insuffisant pour payer les appâts, le carburant et le salaire des 5 membres d'équipages... (Marco, son frère et trois de leurs collègues tunisiens)

L'un des thons rouges du bord nous paraît impressionnant : il doit peser autour des 180 kilos. Peu reluisant pour les pêcheurs de l'Astra. Il y a quelques années, en toutes saisons, ils pouvaient capturer des animaux dépassant les 400 kilos. Aujourd'hui nous sommes bien loin de cet âge d'or. Ce thon moyen, une femelle dont les oeufs n'écloreront jamais, sera probablement le plus gros poisson qu'ils sortiront cette année.

Au cours de sa campagne de pêche au large des eaux libyennes, l'Astra a pu déployer ses lignes par 3 fois. Simple calcul : jusqu'à présent 5 100 hameçons ont été nécessaires pour attraper 13 poissons. Ce qui ressort de notre rencontre avec l'Astra corrobore les dires de la quasi-totalité des autres pêcheurs croisés par le Rainbow Warrior ces trois dernières semaines : à chaque fois de moins en moins de thons, à chaque fois de plus petits spécimens. Marco pense que c'est la dernière fois qu'il vient pêcher le thon rouge dans cette zone.


Gros plan sur un hameçon de l'Astra : on ne fait pas dans la dentelle pour capturer l'espadon et le thon rouge ! Mais contrairement aux apparences c'est une question de sécurité : cela évite que le poisson ne se décroche, mortellement blessé.

A cette heure, l'Astra doit déjà être de retour à bon port, après ce qui pourrait bien être l'une de ses dernières campagnes pour le thon rouge. L'équipage peut toujours cibler l'espadon ou la bonite autour de la Sardaigne mais la pêche au thon rouge, pour eux aussi, ne sera jamais plus ce qu'elle était.